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Le chemin vers les Vezo. De l'aube à la nuit

Mis à jour : 22 juil. 2019




Accrochés à leur pirogue à voile ancestrale, il ne reste aujourd'hui des "Vezo", les "nomades de la mer" qu'une poignée de pêcheurs, éparpillés dans quelques villages entre Toliara (Tuléar) et Morombe, sur la côte sud-ouest malgache, face au canal du Mozambique. Leurs maigres ressources, venant de la pêche, sont menacées d'extinction par les racleurs de fonds asiatiques (chinois, coréens...). Le pays des "Vezo" est une terre sèche, craquelée, où les épines donnent de l'ombre, au bord d'un océan agité. Aux alentours, les forêts sont sans feuille. L'eau est rare

Bordé d'euphorbes géantes, le chemin longe un lac, miroir de plumes, trace rose d'un passage de flamants. le visiteur vient de l'Androy, le pays où l'eau est sous la terre. Devant une hutte, il croise le regard d'une vieille femme, trop faible pour reprendre le chemin. Elle attend, accroupie, une marmite d'alu à ses côtés, les restes du repas de fête, promis pour la soirée. Un vieil homme tourne le dos au village endormi. Il écoute la mer sans l'entendre. Proche de lui, le tombeau, plutôt un amas de pierres, où il sera enterré. Enfin, le visiteur arrive au bord de l'océan. Dès la clarté de l'aube, les glaneuses de gouttes d'eau viennent pour cueillir la rosée nocturne déposée sur les plantes métalliques. La mer fait rouler ses turquoises, sous le soleil immuable.

je vous demande Peuple de la mer, l'autorisation de pêcher ". C'est l'ode matinale du pêcheur Vezo, parti avec sa pirogue à balancier affronter, au delà de la barre, la furie des vagues. Sur la plage, ventre à l'air, une tortue agonise. Des enfants s'avancent vers le visiteur, avec des bénitiers et des coraux dans les mains. Il se souvient, il y a longtemps, de ces filles de pêcheurs qui se baignaient nues au bord d'un océan, dont les fonds coralliens livraient la magie des couleurs. Elles gardaient sur leur visage d'ocres emplâtres. Curieux duo, se dit-il : ce roulis des vagues et ce déhanchement des femmes.

Les pêcheurs ont creusé toute la journée dans du balza léger, la forme d'une pirogue pour y mettre le corps du défunt. Soudain, un rayon vert traverse le ciel. Il annonce plutôt la fête que la prière. la nuit sombre arrive vite. Sous le tropique du Capricorne. Un feu  a été allumé au bord de la plage. Les lueurs colorent les murs ocres de la case. Une lampe a été accrochée sur un pilier de la véranda, où repose pour la dernière nuit le corps du défunt.

Danseurs efflanqués, ventre-creux musiciens, se déchaînent, grisés par les fumées d'épices. la guitare malgache les accompagne. Dans la chaleur de la nuit, s'élève le son rauque d'un chant accompagné du rythme frénétique de l'accordéon chromatique, pour faire se déhancher les femmes

"Oum ! Oum ! Ils ne savent plus, les illettrés, Ils ne savent plus où aller ! Sûrs pourtant de leurs coutumes...

Eh ! Eh ! Eh ! Ils ne savent plus. Abusés, égarés par certains...Enfermés, emprisonnés...Escroqués...

Eh ! Eh ! Eh ! Ils ne savent plus les illettrés".

" Vous allez voir, c'est quand la nuit est bien noire, que ça démarre pour de bon ", glisse à l'oreille du visiteur, l'homme qui a sacrifié le zébu. Autour de la braise, la fille du défunt se lève, une danse s'improvise, accompagnée d'une trille de flûte. Parents et proches chantent à leur tour et dansent autour de la case. Les autres mangent, penchés sur des marmites. Les parfums de poissons grillés, mêlés de gingembre et de piments, enveloppent mort, vivants et zébu découpé . Tard dans la nuit, les restes des braises éclairent faiblement un bout de lagon. Au bord de la plage, une pirogue à l'ancre. Se croyant invisible, une jeune fille nue, y dort, sexe sombre sur peau couleur miel. Au loin, le grondement de la barre. Juste avant la première lueur de l'aube, la pirogue, chargée du crâne du zébu et des ustensiles du quotidien est prête à partir. Le défunt sera enfoui dans la mer, abandonné aux Esprits.

Le visiteur quitte les lieux, en puisant un peu d'eau fraiche au creux d'une feuille verte de Ravenala, l'arbre-éventail du voyageur.






Texte : Thierry Quintrie Lamothe

Auteur/Reportages

t.cleobie@yahoo.fr


Photos : Philippe Pons

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