Stevenson et la forĂȘt ombreuse
- poesiarevelada
- 20 janv. 2024
- 3 min de lecture

STEVENSON ET LA FOREÌT OMBREUSE
Prologue - PoeÌme - Epilogue eÌcrits par Thierry Quintrie Lamothe
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Prologue
FortifiĂ© par son pĂ©riple tĂ©mĂ©raire en canoĂ« sur les remous furieux des canaux et des riviĂšres du Nord oĂč il manque mille fois de se noyer avec son ami Walter Simpson, Robert-Louis Stevenson marche Ă pied, cette fois, seul. Fini, les pensĂ©es noires. Adieu, les menaces dâhĂ©morragie fatale ! Dur comme le granit de ses ancĂȘtres, le voilĂ Ă lâair libre. Il a compris que la vraie vie se passe dehors. Comment un homme dâune santĂ© aussi prĂ©caire manifeste-t-il un appĂ©tit de vivre aussi sauvage ?
AoĂ»t 1876, le marcheur, aguerri, sĂ©journe Ă Barbizon. Il veut rejoindre son ami suĂ©dois August Strindberg Ă Grez-sur-Loing. Les peintres de la forĂȘt lui ont parlĂ© aussi dâune artiste amĂ©ricaine Fanny Osbourne, authentique descendante du lĂ©gendaire capitaine Cook. Il a dĂ©cidĂ© de suivre un chemin forestier utilisĂ© par un bĂ»cheron solitaire. Louis a besoin de cette parenthĂšse heureuse, insouciante, si simple, si naturelle. Sa santĂ© est chancelante. Quâimporte ! « Je vais tout droit, dit-il, et oĂč je dois aller est un prĂ©cipice ». Avec une ardeur secrĂšte dans le sang, le voilĂ prĂȘt Ă dĂ©couvrir les premiers Ăąges du monde, lĂ oĂč rĂŽdaient les crĂ©atures gĂ©antes et les monstres sans visage au fond des mers de sable.
Câest la fraĂźcheur de lâĂ©merveillement qui va sauver le jeune conteur Ă©cossais et lâoubli de ses terreurs nocturnes. Respirer, quel miracle !
La forĂȘt de Fontainebleau lâa « pythonisĂ© » avec ses sortilĂšges et ses rochers grimaçants.

STEVENSON ET LA FORĂT OMBREUSE
Seul, enfoncĂ© dans la forĂȘt
Il marche, oubliant la souffrance
lumiĂšre crue de son enfance
évanouie avec ses secrets.
Un vent froid soulĂšve le sable,
vieux vestige des temps anciens
oĂč la mer bornait les confins
entre les grĂšs nus et friables.
Il fuit la pluie drue et blafarde,
les fourmis grouillent sur les roches
et filent vers le rondin proche
dur comme le granit des phares.
Ses doigts serrent le tronc de lâarbre,
doigts impatients, ĂŽ doigts dâargile
avides et restés fragiles
sans voir sâincruster les Ă©chardes.
Nâes-tu quâun fantĂŽme Ă ma porte,
quâun feu follet flottant sans bruit,
que jeux de lune dans la nuit
ou reflet noir dâun astre mort ?
Partout soudain il lâaperçoit !
câest toi Fanny qui vient de naĂźtre,
je crois toujours te reconnaĂźtre,
ce parfum, cette fleur... câest toi !
Juste voir entre le feuillage
une petite mare fraĂźche,
pure et humble ainsi quâune crĂšche.
Louis accourt du lointain rivage,
Le temps de déchiffrer le murmure secret,
lui laissant au passage
un souriant message
et de la voir sâenfuir au creux de la forĂȘt.
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Thierry Quintrie Lamothe
© Paris, novembre 2023

Epilogue
Fanny Osbourne et R.-L. Stevenson se marieront le 18 mai 1880 Ă Cisco, en Californie.
1) Ăcrits en 1876, « La ForĂȘt aux TrĂ©sors » et « Le trĂ©sor de Franchard » ont inspirĂ© mon poĂšme.
La vie si courte de Stevenson est jalonnĂ©e, dĂšs son plus jeune Ăąge, dâune impressionnante production de romans, de nouvelles, dâarticles, de correspondances, dâessais, de textes thĂ©oriques, de poĂ©sies, de merveilleux rĂ©cits de voyage et mĂȘme dâĆuvres musicales.
La liste ci-dessous nâest pas exhaustive. Loin de lĂ !
* Une apologie des oisifs (1877), bienfaits de lâoisivetĂ© en tant quâart de vivre.
* Voyage en canoĂ« sur les riviĂšres du Nord (1878), humour sarcastique et froid, grand intĂ©rĂȘt de lâauteur pour les riviĂšres, les arbres et les pĂȘcheurs Ă la ligne.
* Voyage avec un Ăąne dans les CĂ©vennes (1879), beaucoup dâallure et de lĂ©gĂšretĂ©, le premier essai dĂ©crivant des sacs de couchage.
* Le Pavillon de la lande (1880), un Ă©trange trafic au coeur dâune Ăcosse battue par les vents. Subtil mĂ©lange de mystĂšre et dâhumour dans cette nouvelle inoubliable.
* LâĂźle au trĂ©sor (1883), une histoire de pirates et de trĂ©sor Ă©crite Ă partir dâune carte pour faire plaisir Ă son jeune beau-fils, Lloyd Osbourne.
* Les Squatters de Silverado (1883) décrivant sa lune de miel dans une mine désaffectée.
* Le jardin poĂ©tique dâun enfant (1885), un dĂ©licieux petit livre, une merveille par le rendu si vif des impressions du jeune Ăąge de lâenfance.
* LâĂtrange cas du docteur Jekyll et de Mr Hyde (1886), histoire imaginĂ©e par Stevenson aprĂšs avoir fait un cauchemar.
* EnlevĂ© ! Les Aventures de David Balfour (1886), un solide roman historique qui a inspirĂ© le dessin dâHugo Pratt.
* Le MaĂźtre de Ballantrae (1889), puissant rĂ©cit sur lâĂ©tranger qui est en nous, avec lâultime confrontation des deux frĂšres, au coeur dâune forĂȘt sauvage.
* Les Gais Lurons (1889), sonate fantastique Ă propos de mer et de naufrages.
* Les chants du voyage (parution posthume en 1896). Il sâagit dâun recueil de poĂšmes de Stevenson sur ses voyages et lâaventure, quand certains de ses poĂšmes, comme
« The Vagabond », furent mis en musique par Ralph Vaughan Williams.
2) Modernité de R.-L. Stevenson
Des villes, des horizons, des pays ont vu passer lâĂ©crivain et nourri son inspiration. Le poĂšme « Stevenson et la ForĂȘt ombreuse » sâappuie sur un bout (petit) dâun des chemins de randonnĂ©e dĂ©veloppĂ©s par lâassociation « Robert-Louis Stevenson, de Barbizon Ă Grez-sur-Loing : info@stevenson-fontainebleau.fr et www.stevenson-fontainebleau.fr

